Les contes de fées, des histoires pour enfants ?

Oui je sais, je ne suis pas très originale … Cependant je pense qu’il est important d’éclaircir certains points.

Le débat sur le sujet est souvent soulevé dans des livres d’éducation, en psychiatrie, dans les forums et dans les commentaires de vidéos, notamment sur Youtube. Cela revient notamment chaque fois que Disney adapte un conte sur grand écran. Les uns vont affirmer que ce sont des histoires pour adultes et qu’il est malsain d’en lire aux enfants vu le contenu parfois glauque et violent. Les autres vont, au contraire, soutenir que ces histoires sont exclusivement destinées au jeune public et que si certains passages sont impressionnants cela leur permet d’affronter leurs propres peurs.

Et bien vous allez me dire que j’ai le cul entre deux chaises car la réponse est : ça dépend ! Woua ! On peut dire que sur ce coup là, je ne me mouille pas ! Mais vous vous doutez bien que si je prends la peine de vous écrire un article sur le sujet c’est que je vais forcément développer mon propos.

Pour commencer, il faut rappeler que le conte est d’abord, avant d’être un genre littéraire, un art oral. Il en va de même pour tout ce qui est mythologie et légende. D’ailleurs, il est fort probable que certains contes soient des dérivés de mythes. Ces histoires ont traversé les âges et les contrées multipliant ainsi leurs sens et leurs formes. Ainsi pouvons-nous avoir plusieurs versions d’un même conte.

Les contes oraux étaient destinés à tout le monde. L’être humain a toujours était friand de fiction. Et à l’époque, il n’y avait ni télé, ni cinéma et les livres n’étaient destinés qu’à une certaine élite. Donc on se racontait des histoires.

C’est en Italie que l’on commença à voir ces contes populaires transmis par écrit, notamment dans Les nuits facétieuse (1550-1553) de Giovanni Francesco Straparola puis le Pentamerone également connu sous le titre Le conte des contes (posthume 1634-1636) de Basile. La lecture de ces ouvrages n’était absolument pas destinée aux enfants. Et pour cause, ces récits avaient parfois une dimension violente et érotique. Et pourtant ces recueils représentent les versions écrites les plus anciennes de certains des contes que nous connaissons aujourd’hui. Une grande partie d’entre eux ont d’ailleurs été repris par Perrault et les frères Grimm.

Ensuite vint les conteurs français du XVIIe siècle, dont Perrault faisait parti. La particularité de ces auteurs (majoritairement des femmes, dont la trop méconnue Mme D’Aulnoy) était non seulement de soigner l’écriture de ces contes en faisant d’eux un véritable genre littéraire, mais aussi d’y ajouter une dimension moraliste. Ainsi le conte devint une œuvre littéraire et éducative. Mais quand on lit ces moralités, sont-elles destinées aux enfants ? Pas spécialement. Ces textes concernaient plutôt les jeunes gens débutant leur vie d’adulte. D’ailleurs les héros ont majoritairement entre 15 et 17 ans, l’âge de se marier à l’époque. Mais ces histoires comportaient également une double lecture et les plus perspicaces pouvaient parfois lire entre les lignes des critiques de la cours de Louis XIV.

Dans la continuité de ces auteurs, le XVIIIe siècle verra naître des textes comme La Belle et la Bête de Mme Leprince de Beaumont et les traductions très personnels des Mille et une nuits d’Antoine Galland. Cependant, le fait que les contes aient désormais une moralité, font que les précepteurs commencèrent à les faire étudier aux enfants (tout comme les fables de La Fontaine également pourvues de moralité). Et progressivement on assimilera complètement les contes aux enfants. D’ailleurs, bien qu’ils affirmaient que les adultes pouvaient aussi les lires pour eux-même, les contes des frères Grimm puis de Andersen étaient clairement destinés à un jeune public. Cela peut paraître étonnant lorsqu’on connait un peu le contenu parfois gore et violent des premiers et les récit parfois extrêmement tristes et mélancoliques du second. Au fil du temps les récits ont été réécrits puis devinrent de plus en plus édulcorés, de plus en plus lisses se transformant peu à peu en d’innocentes historiettes. Donc quand on me dit que c’est de la faute à Disney si nous avons une vision aussi simpliste du conte, cela me fait doucement sourire … Mais nous y reviendrons plus tard …

En attendant, j’espère que ce petit parcours historique du conte de fée vous fera prendre conscience que le public visé est bien plus large qu’on ne vous l’avait laissé penser jusqu’à présent. Peut-être même que vous vous y replongerez avec un œil nouveau …

Mlle Lili

  • J’avoue avoir un avis assez partagé sur ce sujet aussi. Les contes (et la littérature jeunesse en général) restent pour beaucoup des œuvres destinées aux jeunes. Je me souviendrais toujours de ma première lecture des contes de Grimm… J’avais 13 ou 14 ans, et je me souviens que ça m’avait à la fois choquée sur le coup, mais terriblement intéressée et poussée à redécouvrir d’autres contes (et depuis, j’ai tendance à sourire quand je vois les contes revisités par Disney!)

    J’ai tendance à penser que les contes ne sont pas réservés à un public: ils font partie de ces textes qui ont plusieurs niveaux de lecture, comme l’Odyssée ou l’Illiade, et ils ont été transformés en fonction des époques d’une manière impressionnante, ce sont les rois de la propagande ou de la critique voilée d’une certaine manière !

    Et merci pour les auteurs présentés et les références que tu donnes, je vais essayer de reprendre la découverte de ces univers !

    • Je suis très contente que tu partages cet avis. Et si en plus j’ai réussi à susciter ta curiosité, alors là c’est le jackpot ! Merci pour ton commentaire et j’espère que tu continueras à apprécier ce voyage vers le merveilleux.

  • Je pense aussi qu’il n’y a pas d’âge pour les contes 😉
    C’est dommage que certains soient présentés de manière un peu trop simple (c’est peut-être pour ça que les adultes ne les lisent pas).
    Ton article est très intéressant, j’ai appris pal mal de choses 🙂

    • Souvent les contes « trop simples » sont des réécritures adaptées pour les enfants car les versions originales jugées inadaptées ou trop compliquées.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *